3 avril 2026
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Depuis la nuit des temps, le deuil et le respect dû aux morts ont toujours été des des principes sacro-saints. Traditionnellement dans la culture bantou, l’on s’efforçait de ne dire que du bien du défunt ou de la défunte, la vie emportait avec elle, tous les méfaits. Cependant, l’avènement des réseaux sociaux a transformé cette culture traditionnellement respectueuse en une exposition souvent déplacée et scandaleuse.

A l’annonce du décès d’un proche ou d’une connaissance, nombreux se précipitent sur leurs téléphones pour rendre publics leurs échanges privés, des photos et vidéos. Ce qui était supposé rester confidentiel est désormais exposé sur la place publique dans le seul objectif de prouver son affinité avec le défunt et son droit de porter le deuil avec notamment, la pitié et la sympathie comme principaux ingrédients.

Très souvent, ces publications émanent soit de certains membres de famille, soit des ami(e) s et proches. Parmi ces messages, on trouve des blagues, des anecdotes sur la vie amoureuse, et bien d’autres sujets qui peuvent sembler légers ou innocents.

Le problème se pose lorsque ces conversations privées nuisent aux proches du défunt, remettant en question les relations personnelles dans un moment déjà douloureux. À ce stade, il est légitime de se demander si les auteurs de ces publications réalisent les risques qu’ils encourent en dévoilant des échanges privés, alors que le défunt ne peut ni se défendre ni répliquer.

La question de la légalité se pose également. Les familles éplorées sont-elles en position d’envisager des poursuites judiciaires contre ceux qui exposent des informations sensibles voire personelles de leurs proches? Pour éclaircir la situation, notre rédaction a interrogé Me Tshikunga Mawanga Aristote, avocat au barreau de Kinshasa-Matete, qui a partagé son avis sur ce phénomène troublant.

Me Tshikunga a, d’entrée de jeu, fait comprendre que « publier une conversation privée d’un défunt pose doublement un problème de Droit ».
Il a, pour ce faire, évoqué « le cadre du secret de correspondance et le préalable du consentement pour divulgation des informations attentatoires à la vie privée ».

Et d’ajouter, « les biens numériques (surtout données personnelles) comme les messages privés, lettres et annotations sur documents revêtus de la réputation de confidentialité sont assimilés à l’intimité et celle-ci est sacrée. Publier des conversations privées sans le consentement de l’auteur constitue une violation de cette intimité ».

Par ailleurs, Me Tshikunga a mis l’accent sur les conséquences qui en découlent, « la captation, l’enregistrement, la transcription ou la transmission des données personnelles sont réglementées. Si une personne s’estime lésée moyennant preuve, elle peut légitimement engager les poursuites judiciaires contre l’auteur d’une communication d’un défunt qui ternit sa mémoire ou porte atteinte à son honneur dans le cadre de la protection post-mortem.
Les membres de famille du défunt sont préférés pour bénéficier de la réparation des dommages causés par ces comportements dérogatoires »a-t-il conclu.


Il est impératif de toujours garder à l’esprit que le respect dû aux morts ne devrait pas être soumis aux tendances de l’instant et que la mémoire des défunts mérite d’être préservée avec dignité.

Le droit congolais protège les conversations téléphoniques privées sur le fondement du droit à la vie privée et familiale et celui du secret de la correspondance, de la télécommunication et de toute autre forme de communication.

Toute atteinte à ce droit donne lieu à l’action civile et aux dommages et intérêts au profit de la victime ou de ses héritiers ou de toute personne pouvant se prévaloir d’un dommage moral.

La prudence et la réflexion doivent guider nos comportements dans l’usage des réseaux sociaux, surtout en période de deuil, afin d’éviter d’ajouter de la douleur à une perte déjà insupportable.

M.Clarisse

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